Puis je partirai, la tête vide à en avoir le vertige.
Mes rêves dans les poches, juste à côte de mon herbe et quelques centimes, une brosse à dents, des souvenirs dans mon vieux baluchon et mon harmonica quelque part par là.
Je trouverai de quoi vivre, de quoi rire, de quoi lire, de quoi danser, de quoi aimer sur la route.
Je croiserai le monde, et sans doute des jeunes façon old-school, avec leurs bretelles rayées et leurs chaussures d'hôpital psychiatrique, qui vident l'armoire à pharmacie de papa/maman pour un peu de Prozac®, quelqu'un qui m'apprendra quelque chose que j'ignorais et à qui j'apprendrais quelque chose qu'il ne savait pas non plus, une violoniste, quelqu'un qui a connu l'URSS, un unijambiste qui fait du monocycle et qui n'ai jamais passé à la télévision, des pachydermes roses, une ivrogne qui rêve d'afrique, un canadien ou un cambodgien... où encore les deux, un sculpteur de mots, j'espère, et je lui demanderai de m'apprendre le métier. Et peut-être même que je reviendrai, une fois que j'aurais perdu ma raison, qu'elle sera tombée de mes poches trouées. Je pousserai la porte et tu seras là, allongé, et j'te dirai à l'oreille « tu sais, en te rencontrant, j'pensais à tout sauf à partir ; je me souvenais plus vraiment pourquoi, mais en te voyant là ça m'revient... ».